{"id":6807,"date":"2026-10-12T04:29:26","date_gmt":"2026-10-12T04:29:26","guid":{"rendered":"https:\/\/beinsicily.com\/la-sicilia-fantasma-viaggio-tra-borghi-dimenticati\/"},"modified":"2026-10-12T04:59:36","modified_gmt":"2026-10-12T04:59:36","slug":"la-sicilia-fantasma-viaggio-tra-borghi-dimenticati","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/la-sicilia-fantasma-viaggio-tra-borghi-dimenticati\/","title":{"rendered":"La Sicile fant\u00f4me : voyage au c\u0153ur des villages oubli\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Des villages abandonn\u00e9s et des villes que le temps n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 effacer<\/h3>\n<p>Des ruines de Poggioreale Vecchia au Grande Cretto de Gibellina, des villages ruraux des monts N\u00e9brodes aux sept villages de Schisina, jusqu\u2019\u00e0 la Cunziria de Vizzini : un voyage \u00e0 travers une Sicile m\u00e9connue, o\u00f9 les pierres racontent des histoires de tremblements de terre, de travail, de r\u00eaves inachev\u00e9s et de communaut\u00e9s disparues.<\/p>\n<p>Il existe une Sicile qui ne figure pas sur les cartes postales, qui n\u2019appara\u00eet pas sur les photographies de plages bond\u00e9es et qui reste souvent en dehors des itin\u00e9raires touristiques les plus fr\u00e9quent\u00e9s. C\u2019est une terre de routes silencieuses, de clochers sans cloches, de maisons vides et de places o\u00f9 la nature a lentement reconquis l\u2019espace autrefois occup\u00e9 par les hommes. C\u2019est la Sicile fant\u00f4me, une \u00eele dans l\u2019\u00eele qui conserve, au milieu de ses collines et de ses campagnes, les traces de communaut\u00e9s ayant quitt\u00e9 leurs maisons, de villages meurtris par les s\u00e9ismes et de projets con\u00e7us avec de grandes ambitions, mais incapables de r\u00e9sister aux changements.<\/p>\n<p>Ici, on ne d\u00e9couvre pas seulement des ruines pittoresques. On rencontre des histoires bien r\u00e9elles, li\u00e9es \u00e0 la vie quotidienne des paysans, aux anciens m\u00e9tiers artisanaux, aux migrations, aux transformations \u00e9conomiques et aux trag\u00e9dies qui ont marqu\u00e9 le territoire. Chaque b\u00e2timent abandonn\u00e9 t\u00e9moigne d\u2019un monde qui n\u2019existe plus sous sa forme originelle, mais qui continue de parler \u00e0 travers les pierres, les rues et les paysages.<\/p>\n<p>De la vall\u00e9e du Belice, boulevers\u00e9e par le tremblement de terre de janvier 1968, aux montagnes des N\u00e9brodes, o\u00f9 furent construits des villages destin\u00e9s \u00e0 soutenir la vie agricole, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arri\u00e8re-pays de Catane, o\u00f9 un ancien village de tanneurs est li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire de Giovanni Verga, la Sicile offre un patrimoine insolite et encore peu connu. Un patrimoine qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert avec respect, curiosit\u00e9 et attention \u00e0 son histoire.<\/p>\n<p>La Sicile fant\u00f4me n\u2019est pas une destination unique, mais un itin\u00e9raire id\u00e9al reliant des lieux g\u00e9ographiquement \u00e9loign\u00e9s et profond\u00e9ment diff\u00e9rents. Ce qui les unit, c\u2019est le silence qui les enveloppe aujourd\u2019hui et la possibilit\u00e9 de retrouver, dans ce qui subsiste, une part importante de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00eele.<\/p>\n<h3>Poggioreale Vecchia, le village que le s\u00e9isme a laiss\u00e9 en ruines<\/h3>\n<p>Dans la vall\u00e9e du Belice, dans la province de Trapani, se trouve l\u2019un des lieux les plus \u00e9mouvants et les plus repr\u00e9sentatifs de la Sicile abandonn\u00e9e : Poggioreale Vecchia. Son nom \u00e9voque imm\u00e9diatement l\u2019un des \u00e9pisodes les plus douloureux de l\u2019histoire r\u00e9cente de la Sicile, celui du tremblement de terre qui frappa durement l\u2019ouest de l\u2019\u00eele dans la nuit du 14 au 15 janvier 1968.<\/p>\n<p>Avant la catastrophe, Poggioreale \u00e9tait un centre agricole nich\u00e9 dans le paysage vallonn\u00e9 de la vall\u00e9e. Les habitations, les rues, les places et les b\u00e2timents publics formaient le tissu d\u2019une communaut\u00e9 \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la terre et aux rythmes de la vie rurale. Ce n\u2019\u00e9tait pas une ville monumentale au sens traditionnel du terme, mais un village fa\u00e7onn\u00e9 par les relations humaines, les habitudes et les lieux du quotidien, o\u00f9 la vie suivait le rythme du travail agricole, des f\u00eates religieuses et des rencontres entre voisins.<\/p>\n<p>Le tremblement de terre changea tout. Les secousses provoqu\u00e8rent des effondrements et des destructions dans de nombreuses localit\u00e9s du Belice, faisant des victimes, des bless\u00e9s et des milliers de personnes d\u00e9plac\u00e9es. Les cons\u00e9quences ne se limit\u00e8rent pas \u00e0 la perte des logements : les liens sociaux, les habitudes et les relations avec un territoire qui avait repr\u00e9sent\u00e9 pendant des g\u00e9n\u00e9rations le centre de la vie familiale furent \u00e9galement bris\u00e9s.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le s\u00e9isme, il fut d\u00e9cid\u00e9 de reconstruire Poggioreale dans un autre secteur, en laissant l\u2019ancien village comme t\u00e9moignage de la trag\u00e9die. Le choix de ne pas restaurer int\u00e9gralement les b\u00e2timents \u00e9tait \u00e9galement li\u00e9 \u00e0 leur \u00e9tat et aux probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9. Le nouveau centre se d\u00e9veloppa ainsi \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0, tandis que le village d\u2019origine fut progressivement livr\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, dans les rues de la ville historique, on distingue encore des portions du plan urbain, des fa\u00e7ades endommag\u00e9es, des b\u00e2timents priv\u00e9s de toiture et les traces d\u2019espaces autrefois fr\u00e9quent\u00e9s quotidiennement. C\u2019est un paysage qui invite \u00e0 imaginer ce qui n\u2019est plus visible : les familles dans leurs maisons, les commerces, les voix sur les places et la vie qui pr\u00e9c\u00e9dait la catastrophe.<\/p>\n<p>Poggioreale Vecchia n\u2019est pas seulement un lieu destin\u00e9 aux passionn\u00e9s de photographie ou d\u2019architecture. C\u2019est un lieu de m\u00e9moire, o\u00f9 le visiteur peut comprendre la dimension humaine d\u2019un tremblement de terre et les cons\u00e9quences d\u2019une reconstruction qui, par n\u00e9cessit\u00e9, a s\u00e9par\u00e9 une communaut\u00e9 de son implantation historique.<\/p>\n<p>La visite peut \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019autres lieux de la vall\u00e9e du Belice li\u00e9s au s\u00e9isme de 1968. Avant de partir, il est toutefois indispensable de v\u00e9rifier les modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aupr\u00e8s des canaux officiels de la municipalit\u00e9 de Poggioreale : l\u2019\u00e9tat des structures et les r\u00e8gles de s\u00e9curit\u00e9 peuvent \u00e9voluer, et il est d\u00e9conseill\u00e9 de s\u2019aventurer de mani\u00e8re autonome dans les zones interdites.<\/p>\n<h3>Gibellina Vecchia et le Grande Cretto de Burri : la m\u00e9moire transform\u00e9e en art<\/h3>\n<p>Non loin de Poggioreale se trouve un autre lieu essentiel pour comprendre l\u2019histoire de la Sicile apr\u00e8s le s\u00e9isme : Gibellina Vecchia, ou plut\u00f4t ce qu\u2019il en reste apr\u00e8s la destruction de 1968.<\/p>\n<p>Gibellina fut elle aussi gravement touch\u00e9e par le tremblement de terre. La ville fut reconstruite ailleurs, \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres de son ancien emplacement, tandis que les ruines devinrent le point de d\u00e9part d\u2019un projet artistique destin\u00e9 \u00e0 transformer radicalement la mani\u00e8re de pr\u00e9server la m\u00e9moire d\u2019une ville disparue.<\/p>\n<p>Le protagoniste de cette histoire est le Grande Cretto d\u2019Alberto Burri, l\u2019une des \u0153uvres de land art les plus importantes r\u00e9alis\u00e9es en Italie. L\u2019artiste choisit d\u2019intervenir directement sur les ruines, en recouvrant une vaste superficie de l\u2019ancien village d\u2019une coul\u00e9e de b\u00e9ton blanc organis\u00e9e en grands blocs irr\u00e9guliers. Entre ces blocs subsistent des fissures et des passages qui suivent le trac\u00e9 des anciennes rues.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est une \u0153uvre monumentale qui, vue d\u2019en haut, ressemble \u00e0 une gigantesque blessure dans la terre. Les surfaces blanches dessinent un r\u00e9seau fragment\u00e9, tandis que les couloirs entre les blocs reproduisent la trame urbaine de la Gibellina disparue. Le visiteur peut emprunter ces chemins et traverser symboliquement les espaces qui accueillaient autrefois des maisons, des cours et des rues.<\/p>\n<p>Le projet commen\u00e7a en 1985 et fut achev\u00e9 en 2015, conform\u00e9ment au concept imagin\u00e9 par Burri. Sa force r\u00e9side dans le choix de ne pas reconstruire les b\u00e2timents perdus et de ne pas effacer les traces de la destruction. Le Cretto ne cherche pas \u00e0 restituer une image artificielle de la ville telle qu\u2019elle \u00e9tait avant le tremblement de terre : il pr\u00e9serve la m\u00e9moire de son absence.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui rend l\u2019\u0153uvre si puissante. Dans un territoire marqu\u00e9 par la perte, l\u2019art devient un moyen de raconter ce qui ne peut \u00eatre mat\u00e9riellement reconstruit. Les fissures \u00e9voquent les fractures provoqu\u00e9es par le s\u00e9isme, mais aussi la distance entre une communaut\u00e9 et le lieu o\u00f9 elle a v\u00e9cu.<\/p>\n<p>La visite du Grande Cretto peut \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par une halte \u00e0 Gibellina Nuova, o\u00f9 l\u2019art contemporain et l\u2019architecture ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la construction de l\u2019identit\u00e9 de la ville apr\u00e8s la catastrophe. Les initiatives culturelles d\u00e9velopp\u00e9es dans l\u2019apr\u00e8s-s\u00e9isme ont fait de Gibellina un exemple remarquable de dialogue entre l\u2019art, l\u2019espace urbain et la m\u00e9moire collective.<\/p>\n<p>Pour ceux qui aiment d\u00e9couvrir une Sicile moins connue, ce lieu m\u00e9rite d\u2019\u00eatre parcouru sans se presser. Le paysage change avec la lumi\u00e8re, les surfaces blanches prennent des nuances diff\u00e9rentes au fil de la journ\u00e9e et le silence rend l\u2019exp\u00e9rience particuli\u00e8rement intense. Le Grande Cretto n\u2019est pas simplement une \u0153uvre \u00e0 photographier : c\u2019est un monument \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019une communaut\u00e9 et une r\u00e9flexion sur le sens de la perte.<\/p>\n<h3>Borgo Schir\u00f2, le r\u00eave d\u2019une campagne diff\u00e9rente<\/h3>\n<p>Depuis la vall\u00e9e du Belice, nous rejoignons l\u2019arri\u00e8re-pays de la province de Palerme, sur le territoire de Monreale, o\u00f9 se trouve Borgo Schir\u00f2. Son histoire diff\u00e8re de celle des villages d\u00e9truits par le s\u00e9isme : ici, l\u2019abandon est principalement li\u00e9 aux transformations \u00e9conomiques et sociales qui ont touch\u00e9 les campagnes siciliennes au cours du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le village vit le jour \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930 dans le cadre des politiques de colonisation agricole des grands domaines fonciers, connus sous le nom de latifondi. L\u2019objectif \u00e9tait d\u2019encourager l\u2019installation des paysans dans les campagnes en leur fournissant des logements et des services \u00e0 proximit\u00e9 des terres \u00e0 cultiver. Cette initiative r\u00e9pondait \u00e0 une question historique de l\u2019agriculture sicilienne : la concentration des terres entre les mains de grands propri\u00e9taires et la difficult\u00e9, pour de nombreuses familles rurales, de construire des conditions de vie stables.<\/p>\n<p>Borgo Schir\u00f2 fut con\u00e7u comme un petit centre organis\u00e9 autour d\u2019une place. Les habitations c\u00f4toyaient les b\u00e2timents destin\u00e9s aux services essentiels : une \u00e9glise avec son presbyt\u00e8re, une \u00e9cole, des locaux administratifs, un dispensaire, un bureau de poste, une auberge, un magasin et quelques ateliers artisanaux. Il ne s\u2019agissait pas simplement de construire des maisons, mais de cr\u00e9er un \u00e9tablissement capable de faire vivre une communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Le nom du village rappelle Giacomo Schir\u00f2, un jeune membre de la communaut\u00e9 arb\u00ebresh\u00eb de Piana degli Albanesi, tu\u00e9 en 1920. Ce d\u00e9tail relie \u00e9galement le village \u00e0 l\u2019histoire complexe de la Sicile, o\u00f9 coexistent des identit\u00e9s locales, des traditions linguistiques et des exp\u00e9riences politiques diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1940 et 1950, Borgo Schir\u00f2 connut une p\u00e9riode de vitalit\u00e9. Le centre compta environ une centaine d\u2019habitants et constitua un point de r\u00e9f\u00e9rence pour les paysans qui travaillaient dans les campagnes environnantes. La pr\u00e9sence de services et d\u2019activit\u00e9s commerciales contribuait \u00e0 rendre possible une v\u00e9ritable vie communautaire, m\u00eame si le projet ne parvint pas \u00e0 r\u00e9soudre toutes les difficult\u00e9s \u00e9conomiques de l\u2019agriculture.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me fondamental \u00e9tait celui de la viabilit\u00e9 \u00e9conomique. Les terres attribu\u00e9es ne garantissaient pas toujours des revenus suffisants, tandis que la vie rurale restait marqu\u00e9e par des ressources limit\u00e9es, des difficult\u00e9s de transport et des perspectives d\u2019emploi r\u00e9duites. Au fil du temps, de nombreux habitants cherch\u00e8rent des possibilit\u00e9s ailleurs, et le village perdit progressivement les services qui en avaient fait un centre vivant.<\/p>\n<p>Le d\u00e9peuplement transforma la place en un espace de plus en plus silencieux. Les b\u00e2timents demeur\u00e8rent comme les t\u00e9moins d\u2019un projet d\u2019urbanisme qui avait tent\u00e9 d\u2019apporter une r\u00e9ponse \u00e0 la question agraire, sans parvenir \u00e0 garantir un avenir stable \u00e0 la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, Borgo Schir\u00f2 pr\u00e9sente un grand int\u00e9r\u00eat pour ceux qui \u00e9tudient l\u2019architecture rurale et l\u2019histoire sociale de la Sicile. La disposition des b\u00e2timents autour de la place permet de comprendre comment la vie du village avait \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e et combien les fonctions publiques \u00e9taient importantes pour soutenir un \u00e9tablissement agricole.<\/p>\n<p>Sa valeur ne r\u00e9side pas uniquement dans les structures qui subsistent, mais aussi dans la possibilit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une question toujours actuelle : un village peut-il survivre lorsque le travail ne garantit plus des conditions de vie dignes ? L\u2019histoire de Borgo Schir\u00f2 montre \u00e0 quel point il est difficile de cr\u00e9er des communaut\u00e9s durables par la seule planification des espaces, en l\u2019absence d\u2019opportunit\u00e9s \u00e9conomiques capables de les soutenir.<\/p>\n<h3>Borgo Giuliano, le village fant\u00f4me des N\u00e9brodes<\/h3>\n<p>Au milieu des paysages montagneux des N\u00e9brodes, sur le territoire de San Teodoro, dans la province de Messine, se trouve Borgo Giuliano, un autre exemple d\u2019\u00e9tablissement rural cr\u00e9\u00e9 au XXe si\u00e8cle puis progressivement abandonn\u00e9.<\/p>\n<p>Le village fut construit vers 1940 dans le cadre des politiques de colonisation agricole promues par l\u2019Ente di Colonizzazione del Latifondo Siciliano, l\u2019organisme charg\u00e9 de d\u00e9velopper les grands domaines agricoles siciliens. Comme d\u2019autres centres construits \u00e0 cette \u00e9poque, il devait organiser la vie des paysans et fournir des services \u00e0 une population r\u00e9partie dans les campagnes.<\/p>\n<p>Le projet pr\u00e9voyait un petit noyau habit\u00e9 comprenant une \u00e9glise, une \u00e9cole, un bureau de poste, une caserne des carabiniers et d\u2019autres b\u00e2timents de service. La pr\u00e9sence de ces infrastructures r\u00e9v\u00e8le l\u2019ambition de cr\u00e9er un centre rural qui ne soit pas seulement r\u00e9sidentiel, mais \u00e9galement administratif et social.<\/p>\n<p>Le village devait devenir un point de r\u00e9f\u00e9rence pour le travail agricole et la vie quotidienne. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les campagnes faisaient l\u2019objet d\u2019importants projets de transformation, des \u00e9tablissements comme celui-ci \u00e9taient con\u00e7us pour lutter contre le d\u00e9peuplement et favoriser une plus grande stabilit\u00e9 des familles paysannes.<\/p>\n<p>Le destin de Borgo Giuliano prit cependant une autre direction. Les difficult\u00e9s \u00e9conomiques de l\u2019agriculture, la recherche progressive d\u2019autres emplois et l\u2019\u00e9migration contribu\u00e8rent \u00e0 faire diminuer la population. Lorsque les services perdirent leur fonction et que les activit\u00e9s quotidiennes cess\u00e8rent, le village commen\u00e7a \u00e0 se vider.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les structures restantes \u00e9voquent un petit centre qui avait tent\u00e9 d\u2019organiser la vie rurale selon un projet pr\u00e9cis. L\u2019\u00e9glise et les b\u00e2timents de service t\u00e9moignent d\u2019une conception de la communaut\u00e9 dans laquelle le travail, l\u2019administration et la vie sociale devaient coexister dans un espace restreint.<\/p>\n<p>Borgo Giuliano offre \u00e9galement l\u2019occasion de d\u00e9couvrir un visage moins connu des N\u00e9brodes, un territoire souvent associ\u00e9 aux for\u00eats, aux p\u00e2turages et aux productions agroalimentaires traditionnelles. Le paysage environnant invite \u00e0 ralentir et \u00e0 observer les relations entre les \u00e9tablissements humains et l\u2019environnement montagnard.<\/p>\n<p>La visite peut s\u2019inscrire dans un itin\u00e9raire consacr\u00e9 \u00e0 la Sicile int\u00e9rieure, loin des circuits c\u00f4tiers les plus fr\u00e9quent\u00e9s. Il est toutefois important de v\u00e9rifier au pr\u00e9alable les conditions d\u2019acc\u00e8s et de ne pas p\u00e9n\u00e9trer dans les b\u00e2timents fragilis\u00e9s. Ces ruines sont des t\u00e9moignages historiques, mais elles ne sont pas n\u00e9cessairement s\u00fbres.<\/p>\n<h3>Les villages de Schisina : sept bourgs et un projet inachev\u00e9<\/h3>\n<p>Il existe des lieux o\u00f9 l\u2019abandon ne concerne pas un seul village, mais toute une constellation d\u2019\u00e9tablissements. C\u2019est le cas des villages de Schisina, situ\u00e9s pr\u00e8s de Francavilla di Sicilia, dans la province de Messine, le long de la route nationale 185 du col de Sella Mandrazzi.<\/p>\n<p>Les sept villages sont Schisina, Borgo San Giovanni, Bucceri-Monastero, Pietra Pizzuta, Malf\u00ectana, Piano Torre et Morfia. Ils furent construits dans les ann\u00e9es 1950 dans le cadre de la r\u00e9forme agraire sicilienne, avec pour objectif d\u2019accueillir les familles paysannes auxquelles des terres provenant des anciens grands domaines avaient \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, la r\u00e9forme agraire repr\u00e9senta une tentative de transformer en profondeur l\u2019organisation des campagnes. La distribution des terres devait favoriser une propri\u00e9t\u00e9 agricole plus largement r\u00e9partie et offrir de nouvelles possibilit\u00e9s aux familles rurales. Les villages de Schisina faisaient partie de cette vision : de petits centres habit\u00e9s destin\u00e9s \u00e0 permettre une installation durable \u00e0 proximit\u00e9 des champs.<\/p>\n<p>Le village principal, Schisina, \u00e9tait con\u00e7u comme le centre de r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019ensemble, tandis que les autres \u00e9tablissements \u00e9taient r\u00e9partis sur les hauteurs environnantes. Les habitations \u00e9taient accompagn\u00e9es de structures agricoles et de services pens\u00e9s pour soutenir la vie des familles.<\/p>\n<p>Le projet rencontra toutefois des difficult\u00e9s d\u00e8s sa mise en \u0153uvre. Une maison et une parcelle de terre ne suffisaient pas \u00e0 garantir la survie \u00e9conomique d\u2019une famille. Les terres exigeaient des investissements, du travail et des comp\u00e9tences, tandis que les conditions de transport et la disponibilit\u00e9 des services ne favorisaient pas toujours une vie stable.<\/p>\n<p>De nombreuses familles auxquelles des terres avaient \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es n\u2019accept\u00e8rent pas les conditions propos\u00e9es ou ne s\u2019install\u00e8rent jamais dans les nouveaux villages. D\u2019autres ne parvinrent pas \u00e0 tirer de leurs activit\u00e9s agricoles des revenus suffisants pour subvenir aux besoins de leur foyer. Ainsi, en quelques ann\u00e9es, les villages commenc\u00e8rent \u00e0 perdre la fonction pour laquelle ils avaient \u00e9t\u00e9 construits.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est l\u2019un des paysages les plus insolites de la Sicile rurale : sept noyaux d\u2019habitation li\u00e9s par une origine commune, avec des maisons vides et des structures qui t\u00e9moignent d\u2019une ambitieuse tentative de transformation \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Les villages de Schisina racontent une le\u00e7on importante. La naissance d\u2019une communaut\u00e9 ne d\u00e9pend pas uniquement de la construction de b\u00e2timents ou de la mise \u00e0 disposition de terres. Il faut \u00e9galement des services accessibles, des liaisons efficaces, des possibilit\u00e9s d\u2019emploi et des conditions permettant aux familles d\u2019imaginer leur avenir au m\u00eame endroit.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ces \u00e9tablissements peuvent \u00eatre d\u00e9couverts lors d\u2019un voyage dans l\u2019arri\u00e8re-pays de la province de Messine, entre Francavilla di Sicilia et les paysages qui relient les N\u00e9brodes \u00e0 la r\u00e9gion de l\u2019Etna. C\u2019est une \u00e9tape id\u00e9ale pour ceux qui appr\u00e9cient le tourisme lent et souhaitent comprendre l\u2019histoire des transformations agricoles de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Avant d\u2019organiser la visite, il est conseill\u00e9 de se renseigner sur l\u2019\u00e9tat des structures et sur les \u00e9ventuelles restrictions d\u2019acc\u00e8s. Il ne faut pas consid\u00e9rer les villages comme des lieux librement accessibles dans toutes leurs parties : le respect des propri\u00e9t\u00e9s, de la s\u00e9curit\u00e9 et du paysage doit passer avant la photographie.<\/p>\n<h3>La Cunziria de Vizzini, l\u00e0 o\u00f9 le travail des tanneurs rencontre Giovanni Verga<\/h3>\n<p>Dans l\u2019arri\u00e8re-pays de la province de Catane, au milieu des collines de Vizzini, se trouve un lieu qui r\u00e9unit arch\u00e9ologie industrielle, paysage et litt\u00e9rature : la Cunziria.<\/p>\n<p>Contrairement aux villages ruraux construits au XXe si\u00e8cle, la Cunziria est un \u00e9tablissement plus ancien, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 autour du travail du cuir. Son nom renvoie pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la tannerie, une activit\u00e9 artisanale qui n\u00e9cessitait de l\u2019eau, des mati\u00e8res premi\u00e8res et des espaces adapt\u00e9s pour transformer les peaux brutes en cuir.<\/p>\n<p>L\u2019emplacement du village r\u00e9pondait \u00e0 des besoins pratiques. Les sources d\u2019eau \u00e9taient indispensables au traitement des peaux, tandis que le sumac, une plante riche en tanins, \u00e9tait utilis\u00e9 dans les proc\u00e9d\u00e9s de tannage. La vall\u00e9e, expos\u00e9e au soleil et s\u00e9par\u00e9e du centre principal, offrait des conditions favorables \u00e0 l\u2019organisation des diff\u00e9rentes \u00e9tapes du travail.<\/p>\n<p>Entre les b\u00e2timents de pierre et les espaces r\u00e9serv\u00e9s aux activit\u00e9s productives, la Cunziria constituait un petit monde o\u00f9 le travail et la vie quotidienne \u00e9taient \u00e9troitement li\u00e9s. Les savoir-faire artisanaux se transmettaient au fil du temps et la communaut\u00e9 d\u00e9pendait de l\u2019activit\u00e9 des tanneries, qui repr\u00e9sentaient une ressource \u00e9conomique essentielle.<\/p>\n<p>Au cours du XXe si\u00e8cle, l\u2019\u00e9volution des syst\u00e8mes de production et des conditions \u00e9conomiques rendit de plus en plus difficile le maintien de ce mod\u00e8le artisanal. Le village se d\u00e9peupla progressivement, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abandon des activit\u00e9s traditionnelles dans les ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p>Ce qui rend la Cunziria particuli\u00e8rement c\u00e9l\u00e8bre, c\u2019est son lien avec Giovanni Verga, le grand \u00e9crivain sicilien n\u00e9 \u00e0 Catane et profond\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 Vizzini, terre de sa famille et r\u00e9f\u00e9rence fondamentale de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>La Cunziria est surtout associ\u00e9e \u00e0 Cavalleria rusticana, la nouvelle qui raconte une histoire de passion, de jalousie, d\u2019honneur et de conflit social dans le monde paysan sicilien. L\u2019histoire de Turiddu, Lola, Santuzza et Alfio est devenue l\u2019un des r\u00e9cits les plus c\u00e9l\u00e8bres de la litt\u00e9rature italienne et a inspir\u00e9 l\u2019op\u00e9ra du m\u00eame nom compos\u00e9 par Pietro Mascagni.<\/p>\n<p>Le paysage de la Cunziria \u00e9voque l\u2019univers humain d\u00e9crit par Verga : une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les relations personnelles sont conditionn\u00e9es par les conventions collectives et o\u00f9 la r\u00e9putation peut devenir une force d\u00e9terminante. La litt\u00e9rature ne se contente donc pas de d\u00e9crire un environnement : elle contribue \u00e0 en faire une partie int\u00e9grante de la m\u00e9moire culturelle de la Sicile.<\/p>\n<p>Le village a \u00e9galement servi de d\u00e9cor \u00e0 des adaptations cin\u00e9matographiques des \u0153uvres de Verga, notamment Cavalleria rusticana de Franco Zeffirelli et La lupa de Gabriele Lavia. Ce lien avec le cin\u00e9ma a renforc\u00e9 la notori\u00e9t\u00e9 d\u2019un lieu qui, bien qu\u2019ayant perdu sa fonction productive, continue de vivre dans l\u2019imaginaire collectif.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la Cunziria repr\u00e9sente un exemple significatif de la mani\u00e8re dont un site abandonn\u00e9 peut retrouver un r\u00f4le gr\u00e2ce \u00e0 la valorisation culturelle. En juillet 2026, le projet de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration urbaine, culturelle et sociale intitul\u00e9 Cunziria 4.0 \u2013 Oltre il Borgo a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9, avec pour objectif de redonner une place centrale au patrimoine historique et architectural de l\u2019\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>Pour ceux qui visitent Vizzini, la Cunziria peut constituer une \u00e9tape d\u2019un itin\u00e9raire litt\u00e9raire consacr\u00e9 au v\u00e9risme, le mouvement italien qui s\u2019attache \u00e0 repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 sociale et la vie des gens ordinaires. Il vaut \u00e9galement la peine d\u2019explorer le centre historique, avec ses \u00e9glises, ses palais et les lieux li\u00e9s \u00e0 la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9crivain. Le village des tanneurs appara\u00eet alors non plus comme une ruine isol\u00e9e, mais comme une partie d\u2019une histoire culturelle plus vaste.<\/p>\n<p>Les modalit\u00e9s de visite peuvent varier en fonction des travaux de restauration et des activit\u00e9s organis\u00e9es. Il est donc recommand\u00e9 de v\u00e9rifier les informations les plus r\u00e9centes avant le d\u00e9part.<\/p>\n<h3>La Sicile fant\u00f4me : un patrimoine \u00e0 d\u00e9couvrir et \u00e0 prot\u00e9ger<\/h3>\n<p>Poggioreale Vecchia, le Grande Cretto de Gibellina, Borgo Schir\u00f2, Borgo Giuliano, les villages de Schisina et la Cunziria racontent six histoires diff\u00e9rentes, mais tous contribuent \u00e0 comprendre les transformations qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la Sicile.<\/p>\n<p>Certains lieux ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par une catastrophe naturelle qui a contraint des communaut\u00e9s enti\u00e8res \u00e0 recommencer leur vie ailleurs. D\u2019autres sont le r\u00e9sultat de projets de transformation agricole qui n\u2019ont pas atteint les objectifs esp\u00e9r\u00e9s. D\u2019autres encore ont perdu leur fonction \u00e9conomique lorsque les syst\u00e8mes de production ont chang\u00e9.<\/p>\n<p>Il n\u2019existe donc pas une seule raison pour laquelle un village devient fant\u00f4me. Derri\u00e8re chaque abandon se trouvent des circonstances particuli\u00e8res, souvent li\u00e9es \u00e0 une combinaison de facteurs \u00e9conomiques, sociaux, environnementaux et politiques.<\/p>\n<p>Ces lieux nous rappellent \u00e9galement qu\u2019un territoire ne se compose pas uniquement de monuments c\u00e9l\u00e8bres et de centres historiques restaur\u00e9s. Il comprend des paysages fa\u00e7onn\u00e9s par le travail, des architectures rurales, des \u00e9tablissements planifi\u00e9s, des souvenirs familiaux et les traces d\u2019activit\u00e9s qui ont contribu\u00e9 \u00e0 construire l\u2019identit\u00e9 des communaut\u00e9s.<\/p>\n<p>Leur pr\u00e9servation exige de l\u2019attention et des choix responsables. Tous les villages abandonn\u00e9s ne doivent pas n\u00e9cessairement \u00eatre transform\u00e9s en h\u00e9bergements touristiques ou en attractions. Dans certains cas, la priorit\u00e9 consiste \u00e0 s\u00e9curiser les b\u00e2timents, \u00e0 documenter leur histoire, \u00e0 pr\u00e9server le paysage et \u00e0 permettre une visite consciente et respectueuse.<\/p>\n<p>Pour le voyageur, cela signifie s\u2019approcher des ruines avec respect. Il ne faut pas p\u00e9n\u00e9trer dans les b\u00e2timents dangereux, franchir les barri\u00e8res ou ignorer les interdictions. Il est important de ne laisser aucun d\u00e9chet et de ne pas emporter d\u2019objets, de fragments ou d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments appartenant \u00e0 l\u2019histoire du lieu.<\/p>\n<p>La Sicile fant\u00f4me m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e non pour alimenter le go\u00fbt du macabre ou la recherche de d\u00e9cors abandonn\u00e9s, mais parce qu\u2019elle permet de comprendre une partie essentielle de l\u2019histoire de l\u2019\u00eele. Chaque village offre l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir aux relations entre les habitants et leur territoire, aux cons\u00e9quences des changements \u00e9conomiques et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de construire des perspectives durables pour les communaut\u00e9s.<\/p>\n<h3>Comment organiser un voyage \u00e0 travers la Sicile fant\u00f4me<\/h3>\n<p>Les villages d\u00e9crits dans cet itin\u00e9raire sont r\u00e9partis dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions de la Sicile et ne peuvent pas tous \u00eatre visit\u00e9s confortablement en une seule journ\u00e9e. Pour vraiment les appr\u00e9cier, il est pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019organiser le voyage en plusieurs \u00e9tapes, en consacrant \u00e9galement du temps aux localit\u00e9s voisines et aux paysages environnants.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ouest de la Sicile, la vall\u00e9e du Belice permet de combiner la visite de Poggioreale Vecchia, lorsque l\u2019acc\u00e8s est autoris\u00e9, avec celle du Grande Cretto de Burri et de Gibellina Nuova. Ce parcours permet d\u2019approfondir l\u2019histoire du s\u00e9isme de 1968 et d\u2019observer comment la m\u00e9moire d\u2019une catastrophe peut \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019art et \u00e0 l\u2019architecture.<\/p>\n<p>Dans l\u2019arri\u00e8re-pays de Palerme, Borgo Schir\u00f2 peut s\u2019int\u00e9grer \u00e0 un itin\u00e9raire consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire agraire et aux paysages ruraux de la r\u00e9gion de Monreale. La visite permet de comprendre les liens entre planification urbaine, travail agricole et d\u00e9peuplement.<\/p>\n<p>Plus \u00e0 l\u2019est, les N\u00e9brodes et le territoire de Francavilla di Sicilia offrent l\u2019occasion de d\u00e9couvrir Borgo Giuliano et les villages de Schisina, dans un environnement caract\u00e9ris\u00e9 par des reliefs, des p\u00e2turages et des routes panoramiques. Cet itin\u00e9raire convient \u00e0 ceux qui souhaitent d\u00e9couvrir une Sicile \u00e9loign\u00e9e des stations baln\u00e9aires les plus fr\u00e9quent\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, dans la province de Catane, Vizzini et la Cunziria permettent d\u2019associer la visite d\u2019un \u00e9tablissement historique \u00e0 la d\u00e9couverte de l\u2019univers litt\u00e9raire de Verga. Le voyage peut se poursuivre dans le centre historique, \u00e0 travers son architecture et les lieux qui ont inspir\u00e9 certaines des \u0153uvres les plus c\u00e9l\u00e8bres du v\u00e9risme.<\/p>\n<p>Avant de partir, il est toujours pr\u00e9f\u00e9rable de v\u00e9rifier l\u2019\u00e9tat des routes, les horaires des \u00e9ventuelles visites guid\u00e9es et les modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux sites. Dans les lieux abandonn\u00e9s, la prudence est indispensable : un b\u00e2timent qui semble intact de l\u2019ext\u00e9rieur peut pr\u00e9senter des planchers instables, des effondrements int\u00e9rieurs ou d\u2019autres dangers.<\/p>\n<p>La Sicile fant\u00f4me se d\u00e9couvre mieux \u00e0 un rythme lent, en laissant de la place \u00e0 l\u2019observation et \u00e0 la connaissance. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de visiter chaque lieu \u00e0 la h\u00e2te : ce sont souvent les d\u00e9tails qui rendent l\u2019exp\u00e9rience m\u00e9morable, une inscription sur une fa\u00e7ade, l\u2019organisation d\u2019une place, la silhouette d\u2019un clocher ou le contraste entre une maison vide et la v\u00e9g\u00e9tation qui pousse autour.<\/p>\n<h3>La beaut\u00e9 m\u00e9lancolique des lieux oubli\u00e9s<\/h3>\n<p>La Sicile fant\u00f4me nous apprend qu\u2019un lieu peut perdre ses habitants sans perdre sa signification. Les ruines de Poggioreale racontent une trag\u00e9die collective ; le Grande Cretto transforme le souvenir en \u0153uvre d\u2019art ; Borgo Schir\u00f2 et Borgo Giuliano t\u00e9moignent des tentatives de modifier le destin des campagnes ; les villages de Schisina rappellent les difficult\u00e9s de la r\u00e9forme agraire ; la Cunziria conserve les traces d\u2019une ancienne tradition artisanale et son lien avec la litt\u00e9rature de Verga.<\/p>\n<p>Dans ces lieux, le pass\u00e9 n\u2019est pas une simple image que l\u2019on contemple. C\u2019est une pr\u00e9sence concr\u00e8te qui invite \u00e0 s\u2019interroger sur la mani\u00e8re dont les communaut\u00e9s naissent, \u00e9voluent et parfois disparaissent.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison que les villages fant\u00f4mes de Sicile exercent une fascination si particuli\u00e8re. Ils ne promettent pas seulement des paysages \u00e9vocateurs, mais offrent la possibilit\u00e9 de regarder l\u2019\u00eele sous un autre angle, plus profond et moins pr\u00e9visible.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re chaque fen\u00eatre vide, il y avait autrefois une maison habit\u00e9e. Derri\u00e8re chaque place d\u00e9serte, il y avait des rencontres, des f\u00eates et des journ\u00e9es de travail. Derri\u00e8re chaque b\u00e2timent abandonn\u00e9 se cache une histoire qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre connue.<\/p>\n<p>Visiter la Sicile fant\u00f4me, c\u2019est finalement apprendre \u00e0 \u00e9couter ce qui subsiste lorsque les voix se sont \u00e9loign\u00e9es. C\u2019est d\u00e9couvrir que m\u00eame dans les lieux apparemment oubli\u00e9s, l\u2019histoire continue de vivre, pr\u00e9serv\u00e9e dans les pierres, les paysages et la m\u00e9moire de ceux qui n\u2019ont jamais cess\u00e9 de les consid\u00e9rer comme une partie de leur terre.<\/p>\n<p>Car la Sicile la plus authentique n\u2019est pas seulement celle qui resplendit sous le soleil de ses c\u00f4tes ou au milieu des fa\u00e7ades de ses villes baroques. C\u2019est aussi celle qui r\u00e9siste dans le silence de ses villages abandonn\u00e9s, o\u00f9 le temps semble s\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, mais o\u00f9 chaque rue et chaque b\u00e2timent continuent de raconter quelque chose de profond\u00e9ment humain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Des villages abandonn\u00e9s et des villes que le temps n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 effacer Des ruines de Poggioreale Vecchia au Grande Cretto de Gibellina, des villages ruraux des monts N\u00e9brodes aux sept villages de Schisina, jusqu\u2019\u00e0 la Cunziria de Vizzini : un voyage \u00e0 travers une Sicile m\u00e9connue, o\u00f9 les pierres racontent des histoires [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":6801,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"Scopri la Sicilia fantasma tra Poggioreale Vecchia, il Grande Cretto di Burri, Borgo Schir\u00f2, Borgo Giuliano, i Villaggi Schisina e la Cunziria di Vizzini","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[140],"tags":[],"class_list":["post-6807","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-destinations"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/beinsicily.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0964.jpeg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6807","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6807"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6807\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6820,"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6807\/revisions\/6820"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6801"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6807"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6807"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/beinsicily.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6807"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}